06 mai 2011

L’Europe, un continent en mutation

L’Angleterre est la première instigatrice des grands mouvements idéologiques et des transformations économiques qui marquent ce siècle. En 1679, l'habeas corpus , document qui garantit la liberté individuelle des citoyens, est adopté. En 1688, le Parlement offre la couronne à la fille de Jacques II, Marie, protestante et épouse du stadhouder de Hollande, Guillaume III. Marie et Guillaume s'engagent à défendre une déclaration des droits (1689), qui limite définitivement le pouvoir du roi au profit de celui du Parlement anglais. La monarchie constitutionnelle remplace désormais la monarchie absolue. L'Angleterre offre l'image d'un pays « libre » où deux révolutions ont détruit le régime de l'absolutisme et de l'intolérance. De telles idées se répandent en Europe grâce aux philosophes français, fascinés par cette application du libéralisme. Par ailleurs, les Anglais sont également à l'origine de diverses transformations technologiques et scientifiques qui débouchent sur ce que l'on appelle des « révolutions » ; ces révolutions, agricole et industrielle, bouleversent les données économiques.
De son côté, l'apport français aux progrès des sciences est significatif. Tous les domaines sont représentés par de grands savants novateurs : en chimie, Antoine-Laurent Lavoisier, en mathématiques, le comteLouis Lagrange, Gaspard Monge et Adrien-Marie Le Gendre, ou encore en botanique, Bernard et Laurent de Jussieu. Dès lors, l'esprit humain se délivre des contraintes théologiques pour s'intéresser à la nature, dans une nouvelle démarche de recherche des connaissances.De plus, le mouvement des lumières s’inscrit à la suite des avancées intellectuelles du XVIIème siècle. La querelle des Anciens et des Modernes qui débute vers 1680 en France marque la naissance d’un esprit nouveau qui va produire les Lumières. « Crise de la conscience européenne », cette période marque un tournant dans la pensée : dès lors, les Anciens c'est-à-dire les penseurs et écrivains de l’Antiquité cessent d’être un modèle indépassable.
Cette nouvelle conception du monde inclut une réflexion sur le gouvernement des sociétés humaines, qui sont elles-mêmes en mutation. Un essor démographique accompagne les progrès de cette époque. Une baisse générale de la mortalité, due au recul des trois principaux fléaux que sont la famine, la guerre et la peste, explique ce phénomène : la durée de vie s'allonge en moyenne de dix ans dans la seconde moitié du XVIIIe s. Ce type de changement structurel, associé aux mutations économiques, ébranle les équilibres sociaux.On constate vers 1740, partout en Europe, l'existence d'une société d'ordres fondée sur les privilèges. Alors qu'en Angleterre aucun obstacle juridique n'empêche la mobilité sociale, la France donne l'exemple opposé : des groupes sociaux entiers, tels que les paysans, restent ignorés de la nation. Par contre, au sein du tiers état, la bourgeoisie constitue une classe en pleine ascension dès lors qu'elle profite des développements industriels et commerciaux de cette période. 
Ce sont les villes du Nord et de l'Ouest qui croissent grâce au développement de leur économie au détriment de villes méridionales comme Venise. L'Angleterre connaît une forte poussée d'urbanisation. Londres et Paris sont les villes les plus peuplées d'Europe. La concentration des élites s'accompagne d'un équipement urbain en accord avec les attentes culturelles de cette population. Écoles, universités, mais encore théâtres, premiers lieux de concerts et, pour favoriser la circulation de l'imprimé, bibliothèques et cabinets de lecture. Les salons aristocratiques parisiens diffusent leur modèle dans toute l'Europe. Les clubs anglais sont des lieux d’échange politique.

  James Malton, the bank,1781
L'essor urbain lié à l’accroissement de la population offre un cadre à ces nouveaux possédants qui cherchent à faire reconnaître leurs avantages en allégeant les entraves politiques et en évoluant vers une nouvelle société : on constate sans étonnement que beaucoup de philosophes et d'écrivains du XVIIIe s. (Voltaire, Beaumarchais…) sont issus de familles bourgeoises aisées.
Paris, la grande ville dissociée de la cour, apparaît comme une grande capitale culturelle de l'Europe des Lumières, le lieu par excellence de la pratique philosophique où s'exercent les jugements de goût. Au point que Marivaux pouvait écrire en 1734 : "Paris, c'est le monde ; le reste de la terre n'en est que les faubourgs".

Posté par lumiereseneurope à 09:31 - Permalien [#]